Être douée à l’école ne garantit pas d’être à sa place.
C’est ce que raconte May, cofondatrice de Sacré Brunch, dans cet épisode de Nectar.
Elle qualifie d’ailleurs elle-même son parcours scolaire de « complètement chaotique ». Et pourtant, sur le papier, tout allait bien : bac S, cette fameuse “voie royale” vers laquelle on pousse souvent celles et ceux qui réussissent à l’école.
Mais très vite, elle enchaîne des expériences très différentes (droit, médecine, autres essais) sans jamais vraiment se sentir au bon endroit.
Car ce qu’elle sait, au fond, depuis longtemps, c’est que ce qu’elle veut faire, c’est de la restauration. Un rapport au produit, à la cuisine, profondément ancré, hérité notamment de sa mère et de son histoire familiale.
Dans cet échange, May revient sur ce chemin-là : se former, changer de cap, faire des sacrifices, et construire un projet solide. Elle raconte concrètement ce que signifie entreprendre dans la restauration aujourd’hui, comment on développe un concept comme Sacré Brunch, et ce que cela implique réellement de devenir restauratrice.
Créer et ouvrir un restaurant à Reims : concept, banques et réalité financière
> Un concept pensé sur le long terme
Le concept de Sacré Brunch ne naît pas au moment de l’ouverture. Il existe depuis plus de dix ans.
« L’idée, je peux retrouver le carnet où je l’ai écrite en 2011–2012. »
Inspirée par ses voyages, notamment à New York, Berlin, May voulait proposer autre chose qu’un brunch en buffet.
« Je veux la gastronomie française au service du brunch. Je n’ai pas envie de faire un brunch avec un avocado toast. »
Pour elle, le concept est central, parfois même plus important que l’emplacement. Elle a d’abord testé son concept en livraison pendant le premier confinement.
« Sacré Brunch tient grâce à son concept, pas grâce à son emplacement. »
Crédits photo : Audexcom
> Business plan, banques et sacrifices
Vient ensuite l’étape incontournable : convaincre les banques.
« Le business plan, ce n’est pas compliqué. Mais quand c’est le tien, ça devient compliqué. »
Ils commencent par faire leur business plan eux-mêmes, avant de comprendre qu’un prévisionnel solide nécessite l’aide d’un expert-comptable.
« On a dû sortir 1 200 euros alors qu’on n’avait rien. Mais c’était indispensable. »
Les banques, selon elles, ne s’attardent pas tant sur les chiffres que sur les personnes.
« Les banquiers regardaient plus Vincent et moi que les documents. Ils veulent savoir si tu as les épaules. »
L’apport personnel est une autre réalité souvent sous-estimée.
« Si tu ne mets rien de ta poche, ça veut dire que tu ne crois pas à ton projet. »
Pour réunir cet apport, les sacrifices sont bien réels.
« On est passés d’une vie confortable à manger des pâtes pendant très longtemps. »
« On faisait nos rendez-vous bancaires en vélo, parce qu’on n’avait pas l’argent pour l’essence. »
Le quotidien de son restaurant à Reims : recrutement, épuisement et survie de l’entreprise
> L’emplacement et la création d’un lieu de vie
Le local rue Cérès, à Reims, leur est fortement déconseillé au départ car trop éloigné de l’hyper centre et notamment de la place d’Erlon.
Cependant ils choisissent de se projeter autrement, de transformer un lieu en espace ouvert, accueillant, inspiré de ses voyages.
Avec le temps, Sacré Brunch devient plus qu’un restaurant.
« On a des clients qui passent la journée entière ici. On a vraiment créé un lieu de vie. »
D’ailleurs, si tu cherches des espaces pour travailler depuis ton ordinateur ou faire du coworking, bienvenue chez Sacré Brunch.
Crédits photo : Audexcom
> Le recrutement : le plus gros challenge d’une restauratrice
S’il y a bien un point qui dépasse toutes ses attentes, c’est le recrutement.
« C’est plus dur que les difficultés financières. »
Pour un seul poste :
« J’ai reçu 200 CV. J’en ai sélectionné 50. J’ai appelé 25 personnes. J’en ai invité 10. Et seules 3 ou 4 sont venues. »
Un processus chronophage, énergivore, et émotionnellement lourd.
« Quand c’est ton entreprise, tu prends tout personnellement. »
Au point de décider de se former en management et ressources humaines pour mieux gérer cette dimension.
> L’épuisement dont on parle peu
Pendant la première année, May vit quasiment pour son restaurant « Ce n’est pas ton entreprise qui est à ton service, mais toi qui est au service de ton entreprise ».
« Je n’ai pas eu de vie pendant un an. »
« Je travaillais parfois de 5h du matin à 2h du matin. »
« J’ai dormi sur les banquettes du restaurant. »
Elle utilise une image très parlante.
« J’ai vécu ça comme un post-partum. J’ai accouché d’un bébé de plus de 100 m². »
Avec le temps, elle explique que tenir dans la durée passe aussi par le repos et s’imposer une rigueur.
Entrepreneuriat féminin dans la restauration : réseaux, transmission et ambitions
> Réseau d’entrepreneuses et restauratrices
> Avoir une vision long terme et une ambition pour son projet
Un objectif clair : faire de Sacré Brunch une référence, avec l’envie assumée de devenir, à terme, le numéro un du brunch en France.
C’est aussi cette vision long terme qui a joué un rôle dans la confiance accordée par les banques. L’idée est d’ouvrir d’autres restaurants dans d’autres villes, en structurant progressivement le projet. Mais May reste lucide : l’entrepreneuriat est fait d’aléas, d’ajustements permanents, et ce type de développement demande du temps, d’apprendre de ses erreurs et de l’énergie.
Pour conclure
« Fonce. Mais vraiment. N’aie pas peur. N’écoute pas les peurs des autres. Vas-y, essaie.
Si tu tombes, tu te relèves. Si tu tombes encore, tu continues. Mais en tout cas, vas-y. Fonce. »
Pour conclure la recommandation de May :
→ Celle de May : La confession d’un entrepreneur pas comme les autres / La marque Patagonia
écrit par Sarah de la team Nectar 🧡