La solitude de l’entrepreneur(e) : la comprendre et l’apprivoiser

En discutant avec la plupart des entrepreneurs que j’ai rencontrés, et quel que soit leur profil, leur métier, leur secteur d’activité, un de leurs points communs m’a particulièrement marquée : ils chérissent tous leur liberté. La liberté de choisir comment gérer leur temps, leurs échanges, leur énergie, leur argent.

Quel bonheur pour chacun d’entre eux de n’avoir ni comptes à rendre, ni horaires stricts à respecter, ni collègues un peu lourds à supporter. Quel plaisir de travailler pour et par soi-même !

Cependant, on constate que cette précieuse liberté implique bien souvent une contrepartie. La solitude de l’entrepreneur est une réalité que beaucoup traversent, souvent sans vraiment savoir comment la nommer. La solitude de l’entrepreneur(e), ça vous parle ?

La solitude de l’entrepreneur(e), qu’est-ce que c’est ?

Au début, tout est beau*. Le café du matin pris au calme est savoureux, le silence de la journée a quelque chose de magique et la productivité est décuplée. C’est la lune de miel. Vient ensuite la phase d’exploration : “C’est super, ces journées pleines de silence, mais est-ce que je ne ferais pas relire mon brief à quelqu’un quand même ?”. On commence à chercher un équilibre. Ok, la solitude a du bon, du très bon, même. Mais si la question est toujours au coeur des débats aujourd’hui, le propre de la nature humaine n’est-il pas d’aller vers les autres** ? Et la liberté n’est-elle pas aussi de choisir de qui m’entourer ? Est-ce qu’entreprendre pour moi-même signifie forcément renoncer à avoir des collègues ? Suis-je obligé de rester tous les jours entre les mêmes quatre murs de mon appartement … ? La phase suivante : c’est l’engagement. “J’aime être entrepreneur. J’aime ma liberté. J’aime mon silence et mes quatre murs. Mais je comprends que j’ai le droit d’apprécier tout cela sans renoncer au reste. J’ai besoin d’échanger, de confronter mes idées, de rire et de me confier. J’ai aussi besoin d’un endroit où aller, pour m’aider à me discipliner. C’est sans doute la clé pour que je tienne dans la durée.

Vous l’aurez compris, le sentiment de solitude de l’entrepreneur(e) – aussi appelée solitude entrepreneuriale – naît souvent d’un quiproquo interne ou d’un rejet de ce qui nous a poussé à prendre la décision d’entreprendre (une hiérarchie peu bienveillante, un cadre trop contraignant, une qualité de vie pas terrible…). Chaque histoire a beau être différente, chacun(e) prend le risque d’expérimenter ce sentiment lors de son chemin entrepreneurial.

* Les 5 étapes d’une relation amoureuse (Psychologies)

** Aristote – Politique. Idée principale : La vie en société est l’achèvement naturel de l’être humain.

Mais alors, que faire ?

Heureusement pour nous tous : il s’agit d’un sujet qui est aujourd’hui plutôt bien documenté ! Comme pour tous les sujets relatifs à la santé mentale, on ne peut que vous suggérer de ne pas rester isolé(e) et de vous informer si vous vous sentez concerné(e).

Sachez que l’on distingue trois aspects de cette “solitude de l’entrepreneur(e)” : psychologique, culturel et organisationnel. Quand on crée son entreprise, on ne peut pas forcément parler librement à ceux qui nous entourent (nos proches, nos salariés – le cas échéant, nos associés). Cela ne veut pas dire que l’on n’est pas bien entouré, mais on ne se sent pas forcément libre de se confier. Ce sentiment de responsabilité (“je suis le/la seul(e) responsable”, “j’ai choisi ce statut”) mène souvent à cette idée : “je l’ai voulu, je l’ai eu”. Parfois on ne peut pas partager ses doutes, par manque d’interactions ou par peur de ne plus inspirer confiance auprès des autres. Il se peut aussi qu’on ne soit plus complètement en phase avec nos anciens cercles sociaux, à cause de nos nouvelles préoccupations ou de notre changement de rythme. La vie d’entrepreneur(e) est pleine de questionnements identitaires. On se confond souvent soi-même avec son activité, et il est courant de se sentir plein de paradoxes et de doutes.

La solitude : la chérir pour ne pas la subir

Si la solitude de l’entrepreneur(e) est indissociable de l’entrepreneuriat, il est important de différencier la solitude choisie de la solitude subie. Car celle-ci n’est pas forcément un problème en soi. C’est l’absence du lien choisi et sécurisant qui le devient. La première est celle qui vous permet de prendre du recul, d’être créatif, de gérer votre espace et votre temps, ou encore votre stratégie. Vous êtes aux commandes, et ça, ça fait du bien !

La solitude devient subie quand elle devient un facteur de risque(3). Elle est prolongée, elle n’est pas verbalisée, devient invisible et elle vous empêche d’avancer.

De nombreux travaux ont étudié la question. Vous trouverez, parmi les ressources utiles :

The High Price of Success – Michael A. Freeman
Seuls ensemble – Sherry Turkle
– Le rapport Amarok sur la santé des dirigeants
– Des podcasts et témoignages d’entrepreneurs (dont Nectar, évidemment)

Écoutez l’épisode juste ici

La première bonne nouvelle, c’est que vous n’êtes pas seul(e) à expérimenter ou à avoir expérimenté ce sentiment. Ce n’est pas un échec, ça fait partie du chemin et c’est une étape qui vous aide à vous structurer.

La seconde bonne nouvelle, c’est qu’il existe de nombreuses solutions pour rompre ce sentiment de solitude ! Il existe des groupes et réseaux d’entrepreneurs, des tiers-lieux entrepreneuriaux, des espaces de paroles dédiés aux dirigeants d’entreprise (et pas forcément besoin de faire partie du CAC 40 pour y participer), des espaces de coworking, des podcasts pour écouter des entrepreneurs qui vivent la même chose que nous (Nectar, vous connaissez ?), des plateformes d’échanges où que vous vous trouviez.

À Reims et dans son écosystème entrepreneurial, de nombreux dispositifs existent. Voici quelques pistes pour vous orienter localement ou aux alentours :

– Les différents espaces de coworking.

– Les réseaux comme Pollen, Initiative Marne, le Biz’Elles, le réseau Mam’preneures, The Club…

– Les structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat : BGE, le Creativ’Labz (incubateur pour les étudiants-entrepreneurs), Innovact (incubateur spécialisé dans l’innovation), la couveuse Alexis, Grand Test, la CCI, la CMA…

– Les événements qui rythment la vie entrepreneuriale locale : l’apéro entrepreneur mensuel ou le petit déjeuner hebdomadaire de La Capsule, la Jelly Week, le Festival des entrepreneurs, les cafés business…

(3)  Risques de burn out, d’isolement, de renoncement…

Pour conclure

Entreprendre, c’est être libre de choisir. Choisir ses projets, son rythme… mais aussi ses liens. Nous sommes tous différents et nous évoluons tous au fil des étapes. La solitude fait partie du chemin. Parfois nous l’apprécierons, parfois moins. L’essentiel est de pouvoir la traverser sans s’y enfermer. Alors profitez du silence, de la productivité et du calme autant que vous le souhaitez, vous l’avez mérité ! Mais si le silence devient un peu trop lourd, n’hésitez jamais : il y a toujours un endroit où l’on pourra se retrouver pour échanger.

écrit par Estelle de la team Nectar 🧡